Il y a une petite dizaine d’années, l’asbl Reflets rendait un petit hommage à l’écrivain roclengeois Conrad Detrez, auteur de l’ouvrage ” L’herbe à brûler ” qui reçu le prix Renaudot en 78.
En collaboration avec la troupe de théâtre liégoise ” Wallons-nous “, qui présentait alors une pièce retraçant des épisodes de la vie de l’écrivain, une excursion était organisée afin de la faire découvrir aux bassengeois et, parallèlement, les cimaises du théâtre liégeois accueillaient les oeuvres de plusieurs artistes de la Vallée du Geer. Des journées mémorables dont se souviennent encore les nombreuses personnes qui y ont participé.
Aujourd’hui, grâce à la numérisation des archives de la RTB, un interview de l’écrivain (décédé en 85) est en ligne (vidéo). Cet interview a été réalisé en 1979, en l’église de Roclenge, un lieu sur lequel lui aussi l’asbl Reflets s’est arrêtée lorsqu’elle organisait une conférence, en forme d’hommage également, au peintre André Even de Pont Aven auteur des fresques présentes dans l’église, un peintre au sujet duquel on écrit qu’il fut le digne successeur de Gauguin. Un nouveau billet sorti du tiroir aux souvenirs de l’association y sera bientôt consacré.
Voici le lien vers la vidéo dans laquelle apparaît Conrad Detrez . Dans cet extrait, il évoque quelques souvenirs d’enfance, des lieux qui lui tiennent à coeur et qui lui donnent l’inspiration pour ses écrits.
http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/audio/PHD99232073/conrad-detrez.fr.html
Ci-dessous, extrait du site du ” Cercle Géohistorique de la Hesbaye Liégeoise “
CONRAD DETREZ
Biographie
1937 : naissance, le 1e avril, à Roclenge-sur-Geer, de Conrard (sic), Jean, Walthère, Alphonse, Ghislain, Arthur Detrez. Le père, Jean Victor Louis Detrez, âgé de trente-deux ans, est d’origine wallonne; il exerce à Roclenge la profession de boucher. La mère, Maria Catharina Vandeclée, de deux ans sa cadette, est d’origine flamande; elle aide son mari et se consacre à l’éducation de ses deux enfants, Conrad et Marthe.
1937-1949 : enfance marquée par la guerre, les bombardements, les crues périodiques du Geer, le dégoût qu’éprouve le jeune garçon à la vue des bêtes égorgées par son père. Detrez est premier de classe à l’école communale du village ainsi qu’au catéchisme de la paroisse.
1949-1957 : pensionnaire au collège de Visé, puis à celui d’Herstal. Humanités gréco-latines.
1957 : tenté par la prêtrise, Detrez entre au séminaire de Saint-Trond.
1959 : mort de Maria Vandeclée. Detrez s’inscrit à l’Université de Louvain pour y étudier la théologie. Grâce aux témoignages d’étudiants sud-américains, il prend conscience des conflits idéologiques qui déchirent certains pays pauvres comme le Brésil. Ces discussions, mais aussi l’appel d’une sexualité de plus en plus exigeante, lui font remettre en question sa vocation religieuse.
1962 : en juillet, départ pour le Brésil. Detrez s’installe à Volta-Redonda, puis à Rio-de-Janeiro, où il enseigne dans plusieurs collèges catholiques. Découverte de la pauvreté et du manque d’hygiène, mais aussi d’une joie de vivre, d’une frénésie sexuelle qui vont bouleverser l’ancien séminariste.
1962-1967 : sur le plan politique, le Brésil est en pleine effervescence. Le 2 avril 1964, le président Goulart, qui avait entamé une série de réformes démocratiques, est renversé par le général Castello Branco. Mais le régime dictatorial mis en place par ce dernier suscite le mécontentement populaire. Le parti de l’opposition, le «Movimiento Democratico Brasiliero», gagne du terrain; Detrez s’engage dans ses rangs. La résistance s’organise, principalement sous l’action de Carlos Marighela, qui sera tué en 1969, après avoir rédigé, en collaboration avec Detrez, un pamphlet politique : Pour la libération du Brésil (1970).
1967 : devenu suspect aux yeux de ses élèves et de ses supérieurs hiérarchiques, Detrez est arrêté, emprisonné durant six jours, puis expulsé du territoire brésilien. Il s’installe à Paris. Travaux divers pour subsister. Commence à rédiger son “autobiographie hallucinée”.
1968 : retour au Brésil. Detrez reprend à Sao Paolo sa lutte clandestine dans les rangs de l’opposition castriste. Se sentant menacé, il quitte le pays après quelques mois. Installation en Algérie, où il a obtenu un poste d’enseignant.
1971 : condamné à deux ans de prison par le gouvernement brésilien. Crise morale : Detrez a perdu la foi et croit de moins en moins à la possibilité d’une révolution politique; de plus, son homosexualité le met au ban d’une société encore très conformiste.
1972 : retour en Belgique. Detrez s’installe à Bruxelles, rédige ses deux premiers livres :Ludo et Les plumes du coq, qui paraîtront respectivement en 1974 et en 1975.
1975-1978 : nommé correspondant permanent de la R.T.B. à Lisbonne, Detrez rend compte, depuis la capitale portugaise, des événements politiques qui secouent le pays durant la «Révolution des oeillets». Son contrat terminé, il s’installe à Paris. Collabore auMatin et au Magazine littéraire.
1978 : publication de L’herbe à brûler. Prix Renaudot. La Belgique découvre enfin Conrad Detrez. Il ne cessera plus d’écrire, puisant dans son expérience personnelle la matière de ses livres.
1980 : amnistié par le gouvernement brésilien, Detrez retourne à Rio. Publication de La lutte finale.
1981 : Le dragueur de Dieu, Les noms de la tribu.
1982 : Detrez, qui a sollicité la citoyenneté française, est nommé attaché culturel et scientifique auprès de l’ambassade de France au Nicaragua. Installation à Managua en septembre. Comme le Brésil, le Nicaragua est secoué par les luttes sociales et politiques; détruite à deux reprises par un tremblement de terre (1932 et 1973), Managua est une ville où règnent la misère et la corruption. Detrez s’en inspire pour écrire La ceinture de feu, qui paraîtra en 1984.
1984 : premières atteintes du sida. Detrez met en chantier La mélancolie du voyeur, mais les progrès du mal sont foudroyants. Il entre à l’hôpital Tenon, à Paris.
1985 : décès de Conrad Detrez, dans la nuit du 11 février.
Bibliographie
1. Oeuvres de Conrad Detrez
Romans
- Ludo, Éd. Calmann-Lévy, Paris, 1974.
- Les plumes du coq, Éd. Calmann-Lévy, Paris, 1975.
- L’herbe à brûler, Éd. Calmann-Lévy, Paris, 1978.
- La lutte finale, Éd. Balland, Paris, 1980.
- Le dragueur de Dieu, Éd. Calmann-Lévy, Paris, 1981.
- Les noms de la tribu, Éd. du Seuil, Paris, 1981.
- La guerre blanche, Éd. Calmann-Lévy, Paris, 1982.
- La ceinture de feu, Éd. Gallimard, Paris, 1984.
- La mélancolie du voyeur, Éd. Denoël, Paris, 1985.
Poésie
- Le mâle apôtre, Éd. Persona, Paris, 1982.
Écrits politiques
- Pour la libération du Brésil, Éd. du Seuil, Paris, 1970. (En collaboration avec Carlos Marighela.)
- Les mouvements révolutionnaires en Amérique latine, Éd. Vie ouvrière, Paris, 1972.
Traductions
Jorge Amado, Les pâtres de la nuit, Éd. Stock, Paris, 1970.
Dom Helder Camara, Révolution dans la paix, Éd. du Seuil, Paris, 1970.
Antonio Collado, Mon pays en croix, Éd. du Seuil, Paris, 1971.
Pour en savoir plus
- T. Bauwens, Analyse thématique de l’«Autobiographie hallucinée» de Conrad Detrez. Mémoire de licence inédit, Vrije Universiteit Brussel, 1989-1990.
- W. Cliff, Conrad Detrez, Éd. Le Dilettante, Paris, 1990.
- C. Detrez, «La littérature, ce jardin de la vie, ou comment on devient écrivain», in A.-M. Trekker et J.-P. Vander Straeten, Cent auteurs. Anthologie de littérature française de Belgique, Éd. de la Francité, Nivelles, 1982, p. 133-138.
- R. Frickx et R. Trousson, Lettres françaises de Belgique. Dictionnaire des oeuvres, T. I, Le roman, Éd. Duculot, Gembloux, p. 232-294.
- A. Germoz, «Rencontre : Conrad Detrez et les demi-Belges», in Pourquoi pas?, 26 mai 1981, p. 126-127,
- MEDIA ANIMATION ASBL, Conrad Detrez : les jardins de l’amour, les jardins de la guerre, Coll. Plein-être, Bruxelles, 1981. (Avec un enregistrement.)
- J. Muno, «L’herbe à brûler», in Revue générale, CLIV, 11 nov. 1978, p. 87-88.
- C. Panier, «Du Brésil à Paris et détours. Entretien avec Detrez», in Revue nouvelle, LXXIV, déc. 1981, p. 199-207.
- E. Van Itterbeek, «De identiteit van Conrad Detrez als schrijver», in Esprit 100, p. 149-155.
- E. Van Itterbeek, «Conrad Detrez en Sint-Truiden : twee getuigenissen», in Argus. Literair tijdschrift voor België en Nederland, juni 1979, p. 253-259.
- E. Van itterbeek, «De topografie van Conrad Detrez romans», in Dietsche varande en Belfort, july-aug. 1985, p. 412-418